Pourquoi Nicolas Hulot ne supprimera pas la chasse à courre

Image : Nouvelobs

 

“A partir du moment où l’on doit tuer un animal, il faut limiter au maximum sa souffrance. Certaines pratiques, comme la chasse à courre, prolongent l’agonie et le stress d’un animal. Cela me heurte profondément. Ce n’est pas l’idée que je me fais de la civilisation.”

Celui qui prononce ces mots dans les colonnes de “l’Obs” n’est pas le premier défenseur des animaux venu : c’est Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, et donc potentiellement une personnalité investie du pouvoir d’interdire ce qui le “heurte profondément”.

Cette interview n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd : une vingtaine d’associations de protection des animaux (Fondation Brigitte-Bardot, Fondation 30 Millions d’Amis, L214, PETA…) redemandent ce qu’elles ont déjà réclamé au ministre dans un courrier en date du 8 décembre : la suppression de la chasse à courre. Aline Maatouk, chargée de la faune sauvage française à la Fondation Bardot, interroge :

“Un sondage que nous avons commandé à l’Ifop montre que 84% des Français se déclarent hostiles à la chasse à courre. Si c’est le cas du ministre Hulot, pourquoi ne pas définitivement l’abolir ?”

Longue agonie

La Fondation renchérit :

“Cette chasse provoque d’interminables souffrances chez le cerf, chevreuil, renard ou lièvre pourchassé qui, épuisé, stressé et tétanisé par la peur, finit achevé au terme d’une course qui ressemble à une longue agonie.”

De même, soutient la Fondation, beaucoup de nos voisins l’ont déjà interdite, comme l’Allemagne et la Belgique dans les années 1950, l’Ecosse en 2002 et même l’Angleterre, terre où le fox hunting était pratiqué depuis la nuit des temps, en 2004. Et qu’il suffirait de supprimer les mots “soit à courre, à cor et à cri” de l’article L. 424-4 du Code de l’environnement pour que cette pratique appartienne au passé.

Alors, que compte faire Nicolas Hulot ? Interrogé par “l’Obs”, celui-ci répond :

“Mon sentiment personnel ne peut pas préempter ce qui doit être un débat de société. La France, qui a été historiquement associée à la chasse à courre, n’est pas encore prête à l’abandonner.”

Classes supérieures

Un propos qui révolte Aline Maatouk :

“Depuis le début des années 1980, les associations de protection animale réclament l’abolition de cette pratique, mais les propositions de loi des parlementaires dans ce sens sont rejetées sans même être débattues ! Les lobbies de chasseurs refusent absolument toute restriction de leurs activités.”

Selon les derniers chiffres connus (ils sont anciens, puisqu’ils datent de 2002), les “boutons” – pratiquants payants de la chasse à courre – sont environ 10.000 en France pour 440 équipages, secondés par 20.000 à 30.000 bénévoles. Soit environ 3% des 2,1 millions de pratiquants français de la chasse.

C’est peu ? Oui, mais ils appartiennent souvent aux classes supérieures de la société – un “bouton” dans un équipage select peut coûter jusqu’à 3.000 euros par an – que les gouvernants n’ont guère l’envie de bousculer dans leurs habitudes.

Le président Macron, en tout cas, ne semble pas parti pour leur mettre des bâtons dans les roues : candidat, celui-ci s’est dit favorable à la réouverture des chasses présidentielles, ces raouts cynégétiques hautement mondains, abolis par Nicolas Sarkozy en 2010. Un signal qui sonne comme l’hallali pour les associations de protection animale.

Source :

Nouvelobs

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