Faut-il désormais s’attendre à un terrorisme « plus fluide » ?

Source: Religious Freedom Coalition

 

L’attentat de Londres perpétré mercredi et revendiqué hier par l’organisation État islamique a secoué à nouveau la communauté internationale. Perpétré un an jour pour jour après les attaques de Bruxelles et près de trois mois après l’attentat d’Istanbul qui a fait 39 morts lors du Nouvel An, cette agression s’ajoute à la longue liste d’attaques meurtrières de l’organisation radicale. Et se déroule alors que sur le terrain, en Irak et en Syrie, l’EI recule.

« Le projet est peut-être territorialement compromis mais le projet idéologique, lui, n’est pas mort et continue de mobiliser », explique Myriam Benraad, maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Limerick et auteure de l’ouvrage L’État islamique pris aux mots (Armand Colin, à paraître en mai 2017).

Par conséquent, puissance militaire et puissance idéologique ne vont pas forcément de pair. Malgré la perte de près d’un quart de son territoire en 2016 selon une étude du cabinet d’analyse IHS Markit, le message de l’organisation terroriste continue de séduire spécialement par le biais des réseaux sociaux. Arme favorite de l’organisation, internet permet d’atteindre instantanément un large public. Avec des personnes plus ou moins sensibles aux propos des jihadistes, le message de vengeance et les appels aux représailles à l’encontre des États membres de la coalition poussent certains à passer à l’acte sans pour autant avoir prêté allégeance au chef de l’EI. Cela permet de « revendiquer de manière opportuniste » différentes attaques terroristes qui n’étaient pas pour autant directement préméditées par l’organisation, souligne Myriam Benraad.

« Attaquer l’EI sur le plan physique n’est pas suffisant »
Ainsi, l’EI multiplie les attaques tandis que les jihadistes perdent de leur influence sur le terrain. Selon le quatrième rapport du secrétaire général de l’ONU sur la question, présenté au Conseil de sécurité le 6 février, l’EI est affaibli militairement depuis le début de l’année sur ses territoires au Moyen-Orient et en Afrique. Les ressources financières de l’EI sont également en baisse ainsi que le nombre d’étrangers qui se rendent en Syrie et en Irak dû au « renforcement des mesures de surveillance », déclare le rapport de l’ONU.

« La capacité de l’EI à attirer de nouvelles recrues est en train de diminuer et les combattants abandonnent de plus en plus les champs de bataille », expliquait Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Pour autant, « attaquer l’EI sur le plan physique n’est pas suffisant, insiste la chercheuse. Le projet de l’EI existait déjà du temps d’el-Qaëda ».

Suite à leur perte de territoires en Irak et en Syrie, les jihadistes se sont adaptés, revenant à des actions clandestines et à des attentats, modes d’action privilégiés entre 2006 et 2012. « Il faut désormais s’attendre à un terrorisme qui sera plus fluide », plus dispersé, note Myriam Benraad. Sombre constat pour l’avenir. Les attaques ne devraient pas cesser dans l’immédiat, outils cruciaux pour faire des démonstrations de force. À cet égard, la chercheuse met l’accent sur la nécessité de revoir les moyens mis en œuvre pour lutter contre l’EI. « Les mesures prises par la coalition internationale s’étendent sur le court terme. Le gouvernement irakien n’a pas non plus de projet de stabilisation sur le long terme, ce qui est inquiétant », déplore la chercheuse.

Source: L’Orient du Jour

By: Julie Kebbi

24 mars 2017

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