Stéphane Le Foll annonce qu’il se retire, Olivier Faure assuré de prendre la tête du Parti socialiste

Source : lemonde

 

A défaut d’une vision très claire de son avenir, le Parti socialiste (PS) a au moins un nouveau visage pour s’incarner : celui d’Olivier Faure, assuré de devenir premier secrétaire lors du congrès des 7 et 8 avril. Inconnu du grand public, le député de Seine-et-Marne a pourtant été plébiscité lors du premier tour de vote, son texte intitulé « Le chemin de la Renaissance », qui faisait la part belle aux militants, recueillant 48.56 % des voix. « Hier, il s’est passé quelque chose au Parti socialiste », a réagi auprès du Monde le prochain premier secrétaire :

« Un espoir s’est levé, à nous désormais de travailler tous ensemble, pour être utiles aux Français et regagner leur confiance. »

Stéphane Le Foll, plus médiatique mais aussi plus clivant, est pour sa part arrivé en deuxième position (26,10 % des suffrages), avec le texte « Cher·e·s camarades ». Jugeant l’écart irrémédiable, l’ancien ministre de l’agriculture, proche de François Hollande, a jeté l’éponge, vendredi matin :

« Le résultat est sans appel, il est net, Olivier Faure a obtenu le meilleur score, je considère qu’il a la responsabilité de devenir le premier secrétaire. »

Le deuxième tour prévu le 29 mars se déroulera donc avec un seul candidat en lice. Emmanuel Maurel, tenant de l’aile gauche, a décroché la troisième place (18,98 %). Luc Carvounas est bon dernier, avec 6,36 % des voix.

Le pari de la continuité

Le PS s’évite ainsi le pire des scénarios, avec plusieurs listes au coude-à-coude qui auraient privé le futur premier secrétaire d’une majorité claire au sein des instances du parti. Le vote des militants peut aussi être interprété comme un appel à l’unité des troupes, la candidature de M. Faure étant placée sous le signe du rassemblement.

L’actuel président du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée nationale est celui qui avait réuni derrière lui le plus de personnalités : de la maire de Lille, Martine Aubry, à l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, jusqu’à l’ancien député proche de Manuel Valls, Philippe Doucet, et même des proches d’Arnaud Montebourg. Sans parler de nombreux soutiens locaux, avec les responsables de fédérations. Le vote de jeudi démontre que les militants sont encore sensibles à l’art de la « synthèse », longtemps porté par François Hollande, même s’ils ont écarté l’héritier de son courant, M. Le Foll.

Olivier Faure a d’ailleurs repris les techniques de campagne de l’ancien premier secrétaire (1997-2008) du parti, sillonnant les fédérations pendant deux mois. Désigné assez vite « favori du scrutin », il s’était tout de même heurté à la difficulté du débat télévisé, exercice dans lequel il est peu à l’aise. Il n’était d’ailleurs pas de ceux qui poussaient à son organisation. Sur LCI, le 7 mars, le candidat ne s’était pas montré le plus convaincant des quatre concurrents, peinant à exister entre M. Le Foll, rodé aux joutes télévisuelles, et M. Maurel, qui s’est révélé ce soir-là au grand public. Ses adversaires soulignent, en coulisses, ses difficultés à s’imposer et à croiser le fer, dénonçant souvent un manque de charisme.

Si les militants du PS ne se sont clairement pas choisis un « fort en gueule » comme nouveau patron, ils ont fait le pari de la continuité. Car, si à 49 ans, Olivier Faure entend incarner « le renouveau » du PS, il a déjà derrière lui une longue carrière dans les arcanes du parti. Il y adhère dès l’âge de 16 ans. A 23 ans, il devient secrétaire général des jeunes rocardiens, succédant à Manuel Valls. En près de trente ans de carrière et malgré un rapide passage dans le secteur privé, M. Faure a coché toutes les cases du parcours politique classique : collaborateur parlementaire, conseiller ministériel de Martine Aubry à la fin des années 1990, directeur de cabinet adjoint de François Hollande rue de Solférino, puis secrétaire général adjoint du groupe socialiste de l’Assemblée nationale sous Jean-Marc Ayrault.

« On aurait mieux fait de l’écouter à l’époque »

En 2012, après l’élection de François Hollande, il est élu député socialiste de Seine-et-Marne. Deux ans plus tard, il est nommé porte-parole du PS, un poste qui lui permettra de se démarquer de ses près de trois cents camarades députés à l’Assemblée nationale. En décembre 2016, à la fin du quinquennat, il succède à Bruno Le Roux et prend la présidence du groupe parlementaire. Réélu de justesse dans sa circonscription en 2017 face à une candidate de La République en marche, il conserve la tête du groupe, renommé Nouvelle Gauche, mais ne dirige plus qu’une trentaine de députés. Lors du vote de confiance au premier ministre, Edouard Philippe, le 4 juillet 2017, il avait décidé de s’abstenir, comme la majorité de son groupe.

Pendant le quinquennat de François Hollande, déjà, le député s’est souvent posé en rassembleur, entre la ligne des frondeurs et celle des légitimistes. Il proposera notamment plusieurs voies de sorties « consensuelles » par des amendements sur la déchéance de nationalité en février 2016 ou sur la loi El Khomri au printemps de la même année. « On aurait mieux fait de l’écouter à l’époque », salue aujourd’hui l’un de ses soutiens, l’ancien ministre Matthias Fekl.

Lors de la campagne présidentielle, M. Faure soutient d’abord Manuel Valls à la primaire de gauche, avant de rejoindre le vainqueur, Benoît Hamon. Malgré des divergences avec ce dernier, notamment sur son positionnement vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon, il le rejoint par « loyauté » à sa famille politique et toujours avec ce même souci du rassemblement ou de « synthèse molle », selon M. Carvounas.

Reste à savoir si cet art typiquement hollandais suffira à remettre le PS sur les rails. Si Luc Carvounas et Stéphane Le Foll ont clairement indiqué leur intention de travailler avec le nouveau premier secrétaire, le représentant de l’aile gauche Emmanuel Maurel a lui exprimé sa déception. « C’est le statu quo absolu, au moment où tout change ! », regrette le député européen :

« Je me suis trompé d’analyse, il y a une influence considérable des grands élus sur les militants. »

Au-delà de son propre score, ­Olivier Faure peut tirer – à condition de voir le verre à moitié plein – deux motifs de satisfaction de cette soirée. Tout d’abord, l’absence, pour le moment, d’accusation de fraude, à l’exception de doutes sur le vote à La Réunion. En second lieu, le chiffre de la participation. Craignant une désaffection massive, les responsables du PS avaient fixé un objectif symbolique de 30 000 militants sur les 102 000 inscrits. Avec autour de 37 000 votants, Solférino pourrait presque se targuer d’une victoire. Ce serait oublier qu’il s’agit là du plus faible score de participation à un congrès de l’histoire du parti.

Source :

lemonde

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