L’impatience politique des Français

Photo: ouest-france

 

Ce mercredi 27 décembre, le journaliste et écrivain Jean-Michel Dijan livre son analyse sur le paysage politique français et le plan de route d’Emmanuel Macron, six mois après l’élection présidentielle.

L’année se termine sans que les Français ne réalisent tout à fait les conséquences du séisme politique de mai dernier. Certes, le chômage perdure, mais l’économie française donne des signes d’embellie. Le pays retrouve des couleurs sur la scène internationale et la popularité de l’exécutif semble suivre le même chemin.

Pour autant, un trouble existe. De récents sondages démontrent qu’un attentisme généralisé sévit aujourd’hui dans l’Hexagone. Depuis six mois, et malgré ces relatives bonnes nouvelles, le jeu politique reste désespérément figé.

Pas ou peu d’oppositions parlementaires capables de déstabiliser durablement le pouvoir en place ; une droite laborieuse qui s’épie tout en ne se remettant pas de son échec à la présidentielle ; une extrême droite aux abois qui se cherche un projet ; une gauche atomisée, si démobilisée qu’elle peine à retrouver une identité commune… Tel est le constat six mois après le scrutin législatif de juin.

Les querelles de personnes supplantent tellement celles des idées que l’impatience politique est en train de faire son lit dans la conscience collective des Français. Le trouble en question n’est pas de douter de la capacité gouvernementale à mettre en œuvre des réformes, mais bien de voir se creuser le déficit de repères idéologiques induit par le « macronisme ».

Peut-il toutefois en être autrement, quand le carnet de route en vigueur du quinquennat n’a d’autres objectifs que de vouloir réformer le pays à un train d’enfer ? «Il faut du temps au temps», disait François Mitterrand, mais l’actuel chef de l’État, profitant du vide idéologique qui caractérise cette période inédite, prend à témoin la lassitude des Français pour ne plus perdre ce temps-là.

S’armer de certitudes

C’est audacieux, mais risqué. Audacieux parce que, depuis 1789, l’histoire démocratique du pays démontre que c’est le débat d’idées qui travaille en profondeur la société, toutes classes sociales confondues ; risqué parce que personne ne connaît les conséquences de cette nouvelle gouvernance puisque l’époque est désormais révolue où la gauche et la droite s’opposaient.

En revanche, ce qui est nouveau, c’est de constater que malgré ce séisme politique, la permanence des pratiques politiques continue de perdurer. On cultive aujourd’hui comme hier le même type de compromis législatif ou réglementaire, on jette l’anathème à tout va sur l’adversaire au nom d’un même esprit partisan, on n’évite aucun des lieux communs qui répondent aux pratiques académiques du pouvoir.

On parle pourtant de « transgression », voire de « révolution » (puisque le candidat en revendiquait lui-même le terme dans son ouvrage de campagne), mais rien dans l’action qui se dessine ne trouve des mots neufs pour la désigner, mieux encore, la théoriser.

Si l’ambition du jeune Président est de laisser une trace dans l’Histoire, il va lui falloir un moment sortir de cette persévérance réformatrice volontaire pour culminer sur les cimes de la pensée politique. C’est le prix à payer pour gagner le cœur intellectuel des Français, vaincre leur scepticisme mais aussi, comme l’aurait dit de Gaulle de retour au pouvoir, «armer ce pays de quelques certitudes».

Source :

ouest-france

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