Valls et Mélenchon, de la coexistence pacifique à la guerre nucléaire

Source: Internet

 

Leur affrontement a atteint un point de non-retour. Mais les deux anciens socialistes n’ont pas toujours été ennemis.

Rarement affrontement politique n’aura atteint un tel niveau de violence. Dans leurs injures et procès en sorcellerie, les deux hommes ont dépassé depuis longtemps le point de non-retour. S’il nie avoir qualifié Manuel Valls de «nazi», Jean-Luc Mélenchon le dépeint – lui et sa «bande» – volontiers comme «totalement intégré à la fachosphère et à sa propagande». L’ancien premier ministre fustige quant à lui la «complaisance» du leader de la France insoumise vis-à-vis de l’islam politique, qualifiant son mouvement d’«islamo-gauchiste», «pas tout à fait à gauche, pas tout à fait un parti républicain» et en creux coupable d’antisémitisme passif. «Quand on tombe dans cette surenchère verbale, qu’on emploie ces termes, qu’on instruit ce genre de procès, tout débat politique est impossible, déplore l’ancien député PS Jean Glavany. Si l’on retrace l’histoire des deux hommes ces trente dernières années, on peut se demander comment on est arrivé à un tel excès.»

L’ancien chef de cabinet de François Mitterrand peut en témoigner. Entré au PS en 1973, il fait partie de la direction nationale du parti lorsque Michel Rocard en prend les manettes en 1993. À ses côtés, un mitterrandien rallié de la dernière heure, Jean-Luc Mélenchon, comme un certain… Manuel Valls. «Il y avait un respect mutuel. Jamais il y eu l’ombre d’un clivage entre eux à ce moment précis, ni même plus tard, durant le gouvernement Jospin. L’ambiance était au contraire extrêmement chaleureuse», raconte l’ancien ministre de l’Agriculture qui se souvient de débats politiques «harmonieux» à Matignon entre son homologue chargé de l’Enseignement supérieur, Jean-Luc Mélenchon, et le responsable de la communication de Lionel Jospin, Manuel Valls. «Manuel était à l’époque moins clivant, ce n’est que place Beauvau qu’il s’est révélé enclin aux coups d’autorité. Quant à Jean-Luc Mélenchon, je ne le reconnais plus. Il est dans une dérive politique», confie Jean Glavany.

Une tribune commune contre Ramadan

Après la claque de la présidentielle en 2002, les deux hommes prendront des chemins différents. Tout en se rappellant au bon souvenir de l’autre comme le rappelle Le Point. En 2003, les deux hommes co-signent ainsi avec Vincent Peillon une tribune dans Le Nouvel Obs contre la venue de Tariq Ramadan au Forum social européen. Un rendez-vous qu’ils espèrent «sans tache, sans ambiguïté, sans concession au racisme ou au communautarisme» en y interdisant l’accès au prêcheur musulman, coupable à leurs yeux «d’antisémitisme habillé d’un prétendu progressisme», s’inscrivant «dans la tradition classique de l’extrême droite.» Une association entre islam radical et antisémitisme, soutenue par les deux hommes il y a quinze ans, et que Manuel Valls reproche aujourd’hui à la France insoumise d’occulter dans une «complaisance» coupable.

Les relations se corsent dès 2011 entre le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, et Manuel Valls, alors député-maire d’Evry. Lors d’un débat, les deux hommes s’affrontent sur l’opportunité d’une candidature du patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, à la présidentielle de 2012. «Il est le mieux placé pour l’emporter face à Sarkozy», défend Valls. «Il a mis en place dans cinq pays européens des politiques pires que Sarkozy», rétorque Mélenchon.

Mais c’est deux ans plus tard que la défiance s’installe sur fond de débat sur la laïcité. Dans une interview au JDD à l’été 2013, Jean-Luc Mélenchon dit tout le mal qu’il pense désormais du jeune ministre de l’Intérieur, «contaminé» selon lui par les idées de Marine Le Pen. En cause: son positionnement contre le port du voile à l’université. Un procès réitéré quelques mois plus tard après que Manuel Valls affirme que seule une minorité de Roms voulait s’intégrer dans la société française.

Des attaques auxquelles l’ancien ministre de l’Intérieur avait alors répondu en érigeant Jean-Luc Mélenchon en symbole d’une «gauche du remords, celle qui se refuse à supporter le poids du pouvoir, une gauche allégée de l’exercice du pouvoir, du poids des responsabilités.» Une fracture qui conduira le premier ministre à théoriser en 2016 les fameuses «positions irréconciliables à gauche». «J’avais dit en 2016 qu’il y avait parfois deux gauches qui étaient irréconciliables, a rappelé ce matin au micro d’Europe 1 Manuel Valls. Et malheureusement, les faits me donnent raison.»

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