Macron dans les pas de Sarkozy

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Emmanuel Macron, dont les relations avec François Hollande, son ancien protecteur, sont des plus tendues, a adopté le style rhétorique de Nicolas Sarkozy, reprenant ses mots pour évoquer le domaine de la sécurité. Le chef de l’Etat a également loué sa réforme constitutionnelle de 2008 et se retrouve accusé de mener la même politique économique que son prédécesseur.

Nicolas Sarkozy en est sûr: Emmanuel Macron finira par basculer complètement à droite. C’est en tout cas ce qu’il dit en aparté, selon RTL. Le pronostic de l’ancien Président au sujet du nouveau pensionnaire de l’Elysée a des airs d’adoubement, alors que la détérioration des relations entre Emmanuel Macron et François Hollande, dont l’actuel chef de l’Etat fut le ministre et le protégé, est désormais de notoriété publique. Les signaux envoyés par Emmanuel Macron lui-même résonnent de plus en plus comme des rapprochements avec les convictions de l’ex-patron des Républicains.

  • Macron accable Hollande et loue la réforme constitutionnelle de Sarkozy

Dimanche dernier marquait la première interview télévisée d’Emmanuel Macron depuis l’ouverture de son mandat. L’exercice a été pour lui l’occasion d’additionner les critiques acerbes dirigées contre celui qu’il s’est borné à appeler son “prédécesseur”, sans laisser le nom de François Hollande franchir ses lèvres, comme le souligne Le Parisien. Après avoir glissé qu’il ne souhaitait pas incarner une “présidence bavarde”, Emmanuel Macron a estimé qu’on ne pourrait juger son action sur un seul indicateur économique: “C’est un de mes désaccords avec mon prédécesseur qui considérait qu’il pouvait y avoir un réglage selon les courbes”.

Par ailleurs, le chef de l’Etat s’estappuyé sur la loi constitutionnelle lancée par Nicolas Sarkozy en 2008, permettant au président de la République de s’exprimer directement devant la représentation nationale réunie en Congrès, pour justifier sa prise de parole à Versailles le 3 juillet dernier, avant le discours de politique générale de son Premier ministre: “En 2008, Nicolas Sarkozy a fait une réforme constitutionnelle qui permet au Président d’être devant le Congrès. J’ai donc fait ce qui est l’esprit même de nos institutions. je me suis exprimé pour la première fois en tant que président de la République.”

  • D’un “président des riches” à l’autre

Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron ont tous les deux été ministres de l’Economie à Bercy. Au chapitre économique, les deux hommes se rejoignent autour d’une conception libérale du marché du travail et de la fiscalité. Emmanuel Macron veut libéraliser le monde de l’entreprise par ordonnances et transformer l’ISF pour en faire un simple impôt sur le patrimoine immobilier, une démarche qui rappelle le “bouclier fiscal” de Nicolas Sarkozy.

Sur ce point aussi, le cadet se rapproche actuellement de son aîné, mais cette fois à son corps défendant, dans les mots de l’opposition. En effet, comme Nicolas Sarkozy en son temps, Emmanuel Macron se voit brocardé comme le “président des riches” par ses contradicteurs, à cause de ces mesures jugées trop favorables aux franges les plus aisées de la population.

  • Après l’ouverture de Sarkozy à gauche, Macron en réalise une à droite

Il y a la politique qu’on mène et les personnages qu’on utilise pour la mettre en place. Ici encore, même si on trouve dans le gouvernement actuel d’anciens tenants de la “Hollandie”, comme Jean-Yves Le Drian aux Affaires étrangères, les sarkozystes ne sont pas tout à fait dépaysés. Bruno Le Maire est à présent ministre de l’Economie. Auparavant, il figurait dans le gouvernement Fillon de 2008 à 2012. Toujours à Bercy, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, fut l’un des hommes de Nicolas Sarkozy au sein du parti.

Par ailleurs, Jean-Baptiste Lemoyne, à présent secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a été l’un des soutiens de la majorité présidentielle sous Nicolas Sarkozy, en tant que secrétaire général délégué du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Moins exposé à l’époque, peut-être, que les précédents, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a exercé à compter de 2010 un rôle fondamental au sein du même ministère en tant que directeur général de l’enseignement scolaire aux côtés notamment de Luc Châtel. Il avait quitté ce poste peu après l’alternance.

Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy avait quant à lui fait travailler dans l’exécutif des personnalités marquées à gauche, de Bernard Kouchner à Jean-Marie Bockel. Une décision qui n’avait pas fait l’unanimité dans son camp, tandis qu’à présent, à gauche, les critiques pleuvent sur la tête d’un Emmanuel Macron accusé d’avoir déséquilibré une équipe gouvernementale, pilotée par Edouard Philippe lui aussi venu des Républicains (tendance juppéiste), vers la droite.

  • Police de proximité: Macron reprend Sarkozy

Ce mercredi, Emmanuel Macron, lors de son premier discours sur la sécurité prononcé devant les forces de l’ordre, a annoncé la formation d’une “police de sécurité du quotidien”. Craignant visiblement qu’on ne fasse le lien avec la police de proximité de Lionel Jospin, supprimée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, il a cherché à écarter cette comparaison, assurant qu’il ne s’agissait pas de “remettre en place une police de proximité avec des postes de police statiques dans les quartiers. Ce n’est pas, comme on l’a parfois dénoncé, aller jouer au football avec les jeunes.”

La formule en rappelle une autre. Celle de Nicolas Sarkozy justement, en 2003, à Toulouse: “Organiser un match de rugby pour les jeunes du quartier, c’est bien. Mais ce n’est pas la mission première de la police.”

  • “Bordel” contre “Pauvre con”

La proximité grandissante et de plus en plus remarquée entre Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy repose aussi sur le choix des mots. Il y a une dizaine de jours, le premier accusait des salariés de GM&S venus à sa rencontre en Corrèze de “foutre le bordel”. En septembre, il avait qualifié entre autres de “fainéants” les opposants à sa réforme du Code du travail.

La langue de Nicolas Sarkozy avait aussi tendance à s’emporter, et celui-ci n’hésitait pas non plus à invectiver ses détracteurs. En 2008, lors de son premier salon de l’Agriculture en tant que chef de l’Etat, il avait jeté un tonitruant “casse toi! pauvre con!” à un homme qui refusait de lui serrer la main. Peu auparavant, en novembre 2007, opposé aux chahuts des pêcheurs du Guilvinec, dans le Finistère, il s’était écrié: “Descends un peu le dire!”

Source :

Robin Verner

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