Loi de programmation militaire : les armées veulent la LPM, rien que la LPM, toute la LPM

La hausse des crédits budgétaires en faveur de la défense suffit pour le moment au bonheur des armées, qui ont organisé la remontée en puissance de l'outil militaire. Mais ils seront attentifs à l’exécution de la future loi de programmation militaire (LPM). La LPM sera l'un des thèmes du Paris Air Forum qui se tiendra le 21 juin au Toit de la Grande Arche de La Défense à Paris.

La France est "désormais sur une trajectoire de remontée en puissance" (chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Jean-Pierre Bosser)

 

En plein dans le mille ! Les armées valident sans état d’âme la prochaine Loi de programmation militaire (LPM), qui couvre la période 2019-2025. Pragmatiques mais lucides, les états-majors se réjouissent d’une LPM de rattrapage après plusieurs années de vaches maigres et de renoncements.“Pour la première fois depuis de nombreuses années, je ne participe pas à la construction d’une loi de programmation militaire de déflation”, avait d’ailleurs relevé en février dernier à l’Assemblée nationale le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général André Lanata. L’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue. C’est donc aussi le cas pour les militaires.

“Nous assistons à une inversion de tendance historique, s’était réjoui le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Jean-Pierre Bosser lors de son audition à l’Assemblée nationale en février dernier. Et de préciser que la France est “désormais sur une trajectoire de remontée en puissance”. Cette LPM prévoit sur une période de sept ans des crédits budgétaires à hauteur de 295 milliards d’euros, couverts de manière ferme jusqu’en 2023 (198 milliards d’euros de crédits budgétaires). Ce qui portera l’effort de défense de la France à 1,91% du PIB en 2023, puis à 2% en 2025, contre 1,78% en 2017. “Cette LPM est bien née”, avait pour sa part assuré à l’Assemblée nationale en février le chef d’état-major des armées, François Lecointre.

Une exécution à l’euro près ?

La LPM va être adoptée par le Parlement le 27 juin à l’issue de la commission mixte paritaire (CMP), dont la première réunion est programmée ce mardi. Mais le plus dur restera à faire : son exécution à l’euro près. Ce qui est loin, très loin d’être gagnée car il faudra que la LPM échappe aux sécateurs de Bercy. C’est donc à l’issue de cette guérilla budgétaire permanente que résidera la réussite ou non de cette LPM… comme d’ailleurs de tous les budgets votés par le Parlement. Le succès de la future LPM passe déjà par la bonne exécution du budget 2018, qui doit permettre de rentrer sans boulet budgétaire – reports de charges notamment -, dans la LPM dès 2019.

Et après ? “Que puis-je souhaiter pour la loi de finances pour 2019 ? Tout simplement, qu’elle soit conforme à la LPM : la LPM, rien que la LPM, toute la LPM !”, avait souligné l’amiral Christophe Prazuck aux députés en février. La ministre des Armées en a évidemment bien conscience après un exercice budgétaire 2017 compliqué. Cette LPM “s’inscrit pleinement dans le cadre tracé par la loi de programmation des finances publiques, qui prévoit 1,7 milliard d’euros supplémentaires par an pour la période 2019-2022”, avait-elle rappelé en février à l’Assemblée nationale pour rassurer les armées.

Cette LPM “donne une excellente visibilité à l’ensemble des acteurs de la communauté de défense et comme toute loi de programmation elle devra s’évaluer à l’aune des engagements qui seront confirmés loi de finance après loi de finance”, avait expliqué début avril Florence Parly dans une interview accordée à La Tribune. Entre l’Hôtel de Brienne et Bercy, le match est lancé et durera jusqu’en 2025, entrecoupé d’une mi-temps en 2021 où un rendez-vous permettra de réactualiser la LPM après 2023 avec des données macroéconomiques plus fiables qu’aujourd’hui.

Résorber les ruptures capacitaire

Pour l’heure, les armées ont tracé des perspectives pour accompagner la remontée en puissance de l’outil militaire. Pour le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Christophe Prazuck, cette LPM va en partie permettre “de parer les ruptures capacitaires” dans la Marine, dont certaines courent depuis 2010. Que ce soit au niveau des patrouilleurs dans les départements d’outre-mer, des pétroliers ravitailleurs ou encore des hélicoptères. “Il s’agit d’un grand motif de satisfaction”, avait-il expliqué. Quant au général André Lanata, il avait estimé “atteignable l’objectif d’une recapitalisation de l’ensemble des savoir-faire critiques à l’horizon de 2023” au sein de l’armée de l’air (aviation de chasse, avion de transport et hélicoptères).

Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, qui connait lui aussi des ruptures capacitaire (équipements de commandement), “le modèle économique retenu ne fait donc pas débat. Nos soldats méritent d’être mieux protégés et d’avoir des armes plus performantes pour remplir leurs missions”. “Nos soldats le méritent d’autant que les conflits dans lesquels ils sont engagés deviennent de plus en plus durs, à mesure que le nivellement technologique rend nos adversaires actuels et potentiels de plus en plus dangereux”, a confirmé en mai à l’Assemblée nationale le général Charles Beaudouin, sous-chef d’état-major chargé des plans et des programmes de l’état-major de l’armée de Terre.

Un modèle d’armée complet

La satisfaction des armées vient surtout du maintien d’un “modèle d’armée complet et équilibré” sur lequel “repose notre autonomie stratégique”, comme l’avait rappelé le général François Lecointre. Ce modèle doit être “capable d’agir dans la durée sur l’ensemble du spectre des missions, dissuasion, protection, connaissance et anticipation, prévention et intervention, avait précisé quant à lui le chef d’état-major de l’armée de l’air. Cette ambition suppose une remontée en puissance franche, complétée par des coopérations internationales. Elle se fixe 2030 comme horizon”. Pour l’aviation de combat, le modèle d’aviation de combat repose “sur la pleine exploitation de la polyvalence du Rafale, qui permettra à terme de rejoindre le format cible de 185 avions de chasse”, avait souligné le général André Lanata. Selon le général Jean-Pierre Bosser, “nous aurons ainsi la capacité d’assurer, dans la durée, un socle fondamental de capacités de défense autour des cinq fonctions stratégiques”.

Le débat sur le nombre des théâtres d’opération extérieure (OPEX) sur lesquels les armées peuvent s’engager simultanément a été l’une des sources de conflits entre les armées et le gouvernement lors de la préparation de la LPM. Durant le quinquennat de François Hollande, la multiplication des OPEX a été à l’origine de la surchauffe des armées. Ce débat a été clos par le ministère des Armées. Ce sera trois au maximum (contre deux à trois dans le Livre blanc de 2013). Or l’armée française intervient déjà au Sahel (Barkhane), au Levant (Chammal) et au Liban (FINUL). Pour le chef d’état-major de l’armée de l’air, “il convient aujourd’hui de restaurer la soutenabilité de nos engagements opérationnels tout en accélérant la modernisation de nos équipements”. Mais il y a un principe de réalité : s’il faut aller se battre sur un nouveau théâtre d’opérations, les armées répondront bien sûr présentes.

Source :

LA tribune

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