Le baccalauréat est-il vraiment une formalité ?

Plus de 750 000 élèves vont passer le baccalauréat en 2018.

 

« Tous les correcteurs vous le diront, nous mettons 10/20, 12/20 à des copies que nous trouvons très inférieures aux exigences légitimes d’une épreuve ». Ainsi se lamentait le philosophe André Comte-Sponville devant ses copies de bac à corriger, au journal télévisé de la Deux… en 1988.

Voilà au moins 30 ans que le baccalauréat touche le fond. Il serait déclassé, facilité, bradé, ne distinguant plus personne puisque donné à tout le monde. Mais alors, comment se fait-il que la grande majorité des 750 000 élèves de terminale, appelés ce lundi matin aux écrits inauguraux de philosophie et de français, ont éprouvé la nécessité de réviser, et ressentent une pointe de stress avant de noircir leur copie?

Des épreuves qui méritent leur nom

En fait, tout le monde n’a pas son bac. Or l’examen, sésame exigé partout, dans les études comme le travail, révèle cruellement son utilité à ceux qui en sont privés. Sous l’effet de l’augmentation du nombre de bacheliers des filières professionnelles, 78,8 % d’une génération décroche actuellement le diplôme. Mais le bac général, lui, n’est lui obtenu que par 40 % des jeunes en France.

Les épreuves, elles aussi, méritent toujours leur nom, à commencer par la philo, avec son programme conséquent et son immuable dissertation. « Ce qui angoisse le plus les lycéens est la masse de choses à retenir : c’est la première fois dans leur vie d’élèves qu’on leur demande de réviser seuls, en autonomie », observe Cheyenne Machi, enseignante de philosophie et animatrice de stages de révision pour l’organisme Complétude.

« Même si les programmes, en sciences notamment, sont moins pointus que dans les années 1970, la hauteur du mur à franchir entre le contenu des cours et le niveau de l’examen ne varie pas tellement, constate Marie-Odile Mergnac, historienne spécialiste du sujet. En ce sens, le bac n’est pas plus facile. »

Bien plus facile à sa création

Et de rappeler que l’examen bicentenaire était même bien plus simple à sa création en 1809 qu’aujourd’hui. « C’était une discussion à bâtons rompus entre honnêtes hommes pour vérifier que le candidat savait raisonner. » L’affaire s’est corsée, depuis. Pour cette session 2018, les candidats vont enchaîner jusqu’à lundi (25 juin) entre six et huit écrits, selon les spécialités, en plus des oraux et des épreuves de français, déjà passés.

« La majorité des élèves ont bien bossé, mais ils ont toujours peur de la question piège ou de perdre tous leurs moyens », constate Dominique Nguyen Duc Long, proviseur à Longjumeau (Essonne). Chaque année, il propose à ses 250 Terminales deux séances de « préparation physique et mentale » afin de mettre à distance le stress.

Rite de sortie de l’enfance

Sophrologie, relaxation ou cours particuliers à gogo… A chacun sa technique. « La dimension affective de l’examen est en tout cas tout à fait intacte, note le psychiatre Samuel Lepastier. Le bac est à la fois le dernier grand rite de sortie de l’enfance et une preuve de l’appropriation de la culture du pays. Dans un sens, avoir son bac est un peu comme obtenir des papiers. »

Psychologiquement, « il n’est pas toujours évident d’assumer cette entrée dans l’âge adulte, surtout quand elle implique de dépasser ses parents socialement », remarque le psychiatre. Selon les chiffres de l’Insee, seuls la moitié des enfants de familles peu ou pas diplômées décrochent un bac aujourd’hui.

Moins de mentions en 2021

Dans trois ans, le baccalauréat tel qu’on le connaît cessera d’exister. L’objectif affiché est de redonner du sens, et si possible de l’excellence à l’examen. En juin 2021, il sera ramené à quatre épreuves finales (en plus du bac de français passé en première) : un devoir de philosophie, deux écrits de spécialité, et un oral de vingt minutes sur un projet préparé par l’élève. Mais la plus grande nouveauté réside dans le contrôle continu, qui comptera désormais pour 40 % de la note. Cette nouvelle manière d’évaluer ne devrait pas modifier fondamentalement le taux de réussite au bac.

En revanche, il devrait aboutir — c’est en tout cas ce qu’espèrent les concepteurs de la réforme — à des notes finales plus conformes au niveau « réel » des lycéens pendant leur scolarité. En particulier, il reléguera au second plan les options, qui permettaient aux plus brillants de décrocher des moyennes de 21/20 au bac et à beaucoup d’autres des mentions en pagaille. Au bac 2017, près de la moitié des candidats (47,5 %) ont été gratifiés de mentions assez bien, bien ou très bien.

Source :

Le parisien

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*


seventeen − 6 =