La vente de diamants en ligne dans le collimateur de la justice

Source: NPR

 

Le gendarme des marchés s’alarme des rendements irréalistes proposés aux particuliers par certains sites Internet. Des enquêtes judiciaires sont en cours pour escroquerie présumée.

« Vu à la TV. » L’estampille marche toujours à merveille. Les dizaines de sites internet proposant d’investir dans les diamants, qui fleurissent depuis une bonne année, l’ont bien compris : beaucoup invitent d’emblée les visiteurs à regarder un reportage de France 2 sur « la ruée mondiale » vers les pierres précieuses dont « les prix s’envolent » . Problème, le reportage n’est plus tout jeune puisqu’il date de début 2012…

Or, en cinq ans, le marché du diamant a bien changé. Les prix ont nettement reculé depuis leur pic de 2011 . De quoi remettre en question l’idée qu’investir dans les diamants est un placement de père de famille, avec des rendements assurés de 8 %, voire 12 %, comme avancés par plusieurs de ces plates-formes.

Mais beaucoup se laissent convaincre. D’autant que ces nouveaux sites ne manquent ni d’arguments ni de moyens pour appâter les particuliers. Ils cumulent campagnes publicitaires à grande échelle et démarchage intense. Ils surfent aussi sur l’incertitude politique mondiale . « La crise à venir est certaine, tout ce que vous avez mis de côté risque de s’effondrer, m’a assuré la personne que j’ai eue au téléphone », témoigne une puéricultrice contactée par l’une de ces sociétés, qui lui a alors proposé de placer l’argent de son assurance-vie dans les pierres précieuses.

Le leurre de détenir un actif réel

L’essor de ces plates-formes est si spectaculaire que l’Autorité des marchés financiers, qui surveille avant tout les produits financiers, s’en est inquiétée. « Souvent, ces offres sont faites comme des placements alternatifs aux placements traditionnels, avec des promesses de rendement très élevé, relève Caroline Leau, de la direction de la communication. Le particulier voit en outre un actif réel, donc tangible, ce qui est un leurre. Quand vous achetez un diamant d’investissement, vous achetez en théorie une part de quelque chose. »

Depuis l’été dernier, les appels d’épargnants se sont multipliés sur la plate-forme Epargne Info Service du régulateur, certains se sont plaints de difficultés à récupérer leur investissement, voire à joindre leur interlocuteur. Le gendarme de la Bourse a publié plusieurs communiqués pour expliquer qu’ « il s’agit en réalité d’un placement à haut risque ». Et, pour la première fois, il a mis en garde contre une société en particulier, Blue Stone, qui opère via d’autres sites Web.

1.000 victimes connues

L’histoire pourrait ne pas s’arrêter là. « L’AMF s’est rendu compte que certaines plates-formes avaient des techniques commerciales qui se rapprochaient de celles utilisées par les plates-formes de Forex (marché des changes) illégales », pointe Caroline Leau. De son côté, la justice a des soupçons sur au moins deux sociétés. « Une instruction est en cours à Paris sur une présomption d’escroquerie, révèle Hélène Feron-Poloni, avocate chez Lecoq-Vallon & Feron-Poloni, cabinet engagé dans la défense des épargnants. Il y aurait 1.000 victimes connues. Elles auraient acheté les diamants par Internet qui sont soit de faible qualité, soit sans qu’il ait pu être démontré que les pierres ont effectivement été achetées. »

Une information judiciaire a aussi été ouverte à Lyon sur une autre société. D’après « Le Progrès », deux hommes ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire en début d’année . Guy Grandgirard, président de l’Association de défense des consommateurs de Lorraine, déjà lanceur d’alerte dans le scandale Aristophil, mène sa propre enquête depuis des mois. Après avoir reçu de nombreux témoignages, l’association vient de se porter partie civile. Il y aurait, selon lui, 200 clients identifiés, qui ont investi entre 2.700 et 65.000 euros. « Si on fait une moyenne, on obtient 15.000 euros. » Soit… 3 millions, pour l’heure, introuvables.

Source: Les Echos

Par: Muryel Jacque

24 mars 2017

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*


18 − one =