Emmanuel (Macron) par Emmanuel (Carrère) : le président anormal

Source: Internet

 

Dans le “Guardian”, l’écrivain dresse un portrait du président, un homme qui “séduirait une chaise” et se pose comme l’anti-François Hollande.

Le macronisme, c’est d’abord une manière d’être. Dans un long portrait publié par le GuardianEmmanuel Carrère décrit un président toujours fringant, qui ne transpire jamais, même dans la chaleur la plus humide. Quand il se rend sur l’île de Saint-Martin, après le passage de l’ouragan Irma, le chef de l’État se promène dans les rues empuanties par l’éclatement des canalisations dans une chemise blanche immaculée, alors que tous, autour de lui, ont de larges auréoles autour des aisselles. Dans des conditions difficiles, marquées par la colère des habitants, il n’esquive pas les rencontres désagréables, bien au contraire. Une femme s’en prend à lui avec véhémence ? Au lieu de profiter des marques de réprobation exprimées par une partie de la foule, pour qui on ne parle pas comme ça à un président, Emmanuel Macron accepte les modalités de ce face-à-face musclé.

Il aime l’affrontement, surtout s’il le gagne. Pour ce faire, il est prêt à tout, même à hypnotiser son interlocuteur à coups de poignées de main appuyées, de bourrades amicales, de clins d’œil répétés et de sourires enjôleurs : « Il séduirait une chaise », écrit Emmanuel Carrère.

Fait « pour les tempêtes »

L’écrivain ne brosse pas pour autant un portrait énamouré de son sujet. Il souligne combien celui-ci a été chanceux et s’amuse de la façon dont il a réussi, pendant la campagne, à se transfigurer en victime d’un « système » auquel il est plus intégré que personne. Il raconte un incident embarrassant à la Foire du livre de Francfort où Emmanuel Macron prononce un discours, puis, interpellé par l’écrivain Alain Mabanckou au sujet de la francophonie et de Senghor, prétend avoir dit ce que personne n’a entendu, comme s’il lui était intolérable d’être pris en défaut. Emmanuel Carrère se moque aussi de celui qui se décrit comme un « métèque » dans l’univers de la politique et des médias : « Pourquoi pas paria, pendant qu’on y est ? »

Mais le plus frappant, politiquement, c’est la manière dont le président se situe par rapport à son « prédécesseur » : « Je suis convaincu que notre pays est au bord du précipice, je pense même qu’il risque de tomber. Si nous n’étions pas à un moment tragique de notre histoire, je n’aurais jamais été élu. Je ne suis pas fait pour gouverner par temps calme. Mon prédécesseur l’était, moi, je suis fait pour les tempêtes. » Puis il y revient quand il est interrogé sur une éventuelle faille dans son armure : « Au fond, ma faille réside sans aucun doute dans le fait que je n’aime pas mener une vie normale. »

« Président normal », voilà ce qu’Emmanuel Macron ne voudra jamais être, à aucun prix. François Hollande n’a pas fini d’enrager.

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