Evasion de Redoine Faïd: Comment les policiers traquent-ils le fugitif?

Redoine Faïd s'est évadé dimanche de la prison de Réau en Seine-et-Marne. —

 

Parvenir à s’évader de prison est une chose. Ne pas se faire rattraper en est une autre. Et Redoine Faid le sait bien. Lorsqu’il s’était fait la belle de la maison d’arrêt de Lille-Sequedin (Nord) en 2013, il n’avait fallu qu’un mois et demi aux policiers de la DNRF pour le localiser dans un hôtel de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), où il se cachait depuis quelques jours avec un complice. Le médiatique braqueur natif de Creil (Oise) était reparti tout droit en prison. Pour cette tentative infructueuse de retrouver la liberté, il avait écopé en 2017 de dix ans de réclusion.

Dimanche, en s’évadant le prison de Réau, Redoine Faïd a décidé de défier une nouvelle fois les forces de l’ordre. Près de 3.000 policiers et gendarmes sont à ses trousses et son signalement a été diffusé sur l’ensemble du territoire. Pendant ce temps, les limiers de l’Office central de lutte contre le crime organisé et de la police judiciaire de Versailles commencent leur enquête, qui s’annonce déjà compliquée. « On a affaire à un membre du grand banditisme, qui connaît parfaitement les méthodes de travail des services de police », confie à 20 Minutes une source policière.

Vérification des témoignages

Les enquêteurs vont d’abord analyser les véhicules dans lesquels le commando a pris la fuite. Mais les malfaiteurs ont pris soin de les brûler avant de les abandonner pour effacer toutes traces. Ils vont aussi entendre les témoins directs de l’évasion. Mais aussi à vérifier les témoignages leur parvenant de personnes persuadées de l’avoir aperçu ici ou là. « C’est le cas sur toutes les affaires très médiatiques, on ne peut pas négliger ces témoignages même si 95 % d’entre eux ne collent pas. On doit exploiter tous les renseignements », nous explique un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur.

Les policiers vont également s’intéresser à son « environnement », en particulier aux membres de sa famille. Ils ont ainsi placé en garde à vue son frère Brahim, qui se trouvait avec lui au parloir lorsque le commando a débarqué dans la prison. Une garde à vue qui a été prolongée lundi matin, a indiqué à 20 Minutes une source judiciaire.

« Les femmes, c’est leur point faible »

Ils vont se pencher sur son passé, retrouver dans leurs fichiers les noms de ses anciens complices, des personnes avec qui Redoine Faïd a été incarcéré. Et les surveiller discrètement, en les filant ou en les plaçant sur écoute. « Il faut essayer de reconstituer l’équipe qui a monté cette évasion, ceux qui en ont fait partie ne sont probablement pas loin de l’endroit où il se trouve », estime Jean-Marc Bloch, ancien patron de la police judiciaire de Versailles.

Mais les membres du commando sont loin d’être des amateurs et font preuve de la plus grande prudence sur ce genre d’opérations, en utilisant notamment des téléphones dédiés. « Mais ils leur arrivent aussi de commettre des erreurs, et c’est souvent grâce à ça qu’on les retrouve, poursuit l’ancien grand flic. A un moment où à un autre, les fugitifs sont souvent tentés de reprendre contact avec leur compagne ou leur maîtresse, même s’ils se doutent qu’elles ont été placées sous surveillance policière. « Les femmes, c’est leur point faible », sourit Jean-Marc Bloch.

« Une enquête au long cours » ?

Figure du grand banditisme, Redoine Faïd peut compter sur l’aide de malfaiteurs qui l’admirent. Mais comme tous les délinquants, il a aussi des ennemis et les enquêteurs espèrent qu’un indic leur refilera un tuyau permettant de les mettre sur sa voie. Enfin, une cavale nécessitant beaucoup d’argent, il pourra être tenté de « remonter au braquage ». « Il ne le fera pas dans l’immédiat, assure Jean-Marc Bloch. Il va rester planqué un certain temps, ne pas sortir, ne pas bouger. Mais cela ne durera pas éternellement. »

En France, la durée moyenne d’une évasion est de huit mois, avait indiqué en novembre 2009 Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, après l’arrestation de Jean-Pierre Treibe, trois mois après son évasion de la prison d’Auxerre (Yonne). « Et surtout, dans six cas sur sept, l’évadé est retrouvé. » Mais Redoine Faïd, qui a aussi été condamné à 25 ans de prison pour un braquage raté dans le Val-de-Marne, est un homme que les policiers décrivent comme méthodique et organisé. « Soit nous parvenons à l’interpeller dans les prochaines heures, soit nous partons sur une enquête au long cours », confie une source proche du dossier.

Source :

20minutes

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