Brésil: la tension politique monte à la veille du jugement de Lula

Source : lesechos

 

Des manifestations en faveur de l’incarcération de l’ancien président auront lieu ce mardi. Le Brésil émergera plus fort de la crise, selon les investisseurs

Condamné pour corruption, Lula doit-il aller en prison ou peut-il rester en liberté ? L’ancien chef de l’Etat est-il en mesure de briguer un nouveau mandat en octobre ? L’heure de vérité a sonné pour l’ancien président. Les anti-Lula ont convoqué pour ce mardi des manifestations dans tout le pays pour réclamer  l’emprisonnement du chef de file de la gauche, qui a écopé d’une peine de 12 ans de réclusion mais qui reste libre de ses mouvements jusqu’au jugement de la Cour suprême de mercredi. Une manière de faire pression sur la justice, donc, qui pourrait décider de le laisser en liberté en lui délivrant un « habeas corpus ».

Les passions politiques, exacerbées depuis la destitution de Dilma Rousseff en août 2016, ont atteint un niveau explosif. Deux autobus de la « caravane de Lula », en campagne dans le sud du pays, ont essuyé des tirs la semaine dernière. L’incident n’a provoqué aucune victime, mais a alimenté le climat de crise, sur fond de poussée de l’extrême droite. Quinze jours plus tôt, c’est  une élue noire d’extrême gauche qui avait été assassinée par balles à Rio . Les enquêtes n’ont pour l’instant pas permis d’identifier les coupables.

Le climat d’instabilité politique, encore renforcé par de nouvelles accusations de corruption contre le président Michel Temer, est-il de nature à faire dérailler la croissance, qui a repointé le bout de son nez après trois ans de récession ? Les milieux d’affaires retiennent leur souffle, mais demeurent plutôt optimistes. Le facteur Lula « est chaque jour moins déstabilisant », estime Sandrine Ferdane, présidente de la filiale de BNP Paribas au Brésil. « La perception grandissante est qu’il ne pourra pas être candidat. Prison ou pas prison ? c’est un autre sujet. [Mais] les Brésiliens ont suivi de près ces procès. Pour la majorité, la justice, c’est la justice ». Il y aurait plutôt une volonté de « tourner la page » de la part des Brésiliens plutôt que de s’engager dans une lutte idéologique, suggère Sandrine Ferdane, qui table sur une croissance de 3% cette année et de 3,5% l’année suivante.

Crise salutaire

Lula, même en difficulté devant la justice, est toujours en tête dans les sondages devant le candidat de l’extrême droite, Jair Bolsonaro. Les milieux d’affaires estiment pourtant qu’un candidat pro-réformes est en mesure d’inverser la vapeur dans les six prochains mois. « L’incertitude est très élevée », note toutefois Thierry Fournier, patron de la filiale de Saint-Gobain au Brésil. « On se doit de rester extrêmement vigilant et attentif au contexte… Je suis incapable de vous dire qui sera au deuxième tour de l’élection présidentielle, et selon les différents scénarios, le second semestre sera radicalement différent », ajoute celui qui préside également la Chambre de commerce France-Brésil.

Sur le fond, le grand déballage de la corruption a eu des vertus. « La crise des quatre dernières années a été la pire des depuis 80 ans. Mais c’est une crise qui est salutaire », ajoute-t-il. « Le Brésil en sortira grandi et beaucoup plus fort », estime Thierry Fournier, qui table sur une croissance de 2,5% à 3% sur le moyen terme pour l’économie brésilienne.

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lesechos

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