A Barcelone, Manuel Valls candidat se rêve en maire rassembleur

Le député de l'Essonne a annoncé, ce mardi, sa candidature à la mairie de Barcelone. Désormais adversaire de la maire sortante de gauche, il a tenu à préciser qu'il démissionnait de toutes ses responsabilités françaises.

Manuel Valls, officialisant sa candidature à la mairie de Barcelone ce mardi.

 

Pour le premier jour du reste de sa vie, Manuel Valls est en retard. Le vertige ? Les foies ? L’inquiétude de ne pas voir arriver tous les invités, des gens bien mis et bien nés, au dernier étage du Centre culturel contemporain de Barcelone ? A la va-vite, le staff retire quelques chaises et l’ancien Premier ministre déboule finalement d’un pas décidé. Exit le bouc de ses mornes journées à l’Assemblée nationale. Pour bâtir sa légende d’homme neuf à 56 ans, Manuel Valls se présente imberbe, droit comme un i dans un costume bleu nuit cintré. Devant une grande photo reproduisant les célèbres pavés de la ville – comme des petits trèfles à quatre feuilles –, il n’annonce pas une candidature – trop banal – mais une envie, un désir, une volonté. Du Valls tout craché.

«Je veux être le prochain maire de Barcelone», lance un Valls guindé après avoir salué son public en catalan. Le discours est lu, la petite cinquantaine d’invités applaudit, gentiment. Comme s’il fallait qu’il se persuade de ce qu’il est en train de faire, Valls répète alors : «Je veux être le prochain maire de Barcelone» avant de dérouler un discours de 45 minutes. En trois langues, catalan, castillan et français entre lesquelles il slalome selon le sujet dont il parle et à qui il s’adresse. Son récit familial et intime – «la première fois que j’ai dit “je t’aime”, j’ai dit “t’estimo”et pas “je t’aime”. Et ces choses-là, ça marque toute une vie» –, pour prouver qu’il n’est pas un transfuge déraciné : donc en catalan. Relance du logement, sécurité – un de «[s]es principes de base» – lutte contre la pauvreté locale : c’est du municipal donc catalan de nouveau. Culture, urbanisme, indépendance et ancrage européen de Barcelone : il reprend le fil en espagnol.

«Le même chemin, celui de l’Europe»

Après quarante années passées à naviguer dans la politique française, d’Evry à Matignon, Manuel Valls tourne définitivement la page : il annonce renoncer à «toutes ses responsabilités», son mandat de député de l’Essone et de conseiller municipal. Sa présidence de la mission parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie aussi, à un mois d’un référendum crucial pour l’avenir de l’archipel. «Ce choix, ce n’est pas une rupture, c’est le même chemin, celui de l’Europe», souligne celui qui s’exile à Barcelone, mais n’a jamais envisagé une minute d’être député européen.

Il explique avoir informé Emmanuel Macron de son choix au cours de l’été, de même que la déontologue de l’Assemblée nationale et Francis Chouat, son successeur à la mairie d’Evry. «Je reviendrai voir mes enfants, mes amis, les beaux paysages de France et la belle lumière de Paris», glisse Valls. Mais pour lui, qui a toujours milité pour le non-cumul des mandats, il aurait été «inconcevable» de garder un pied de chaque côté des Pyrénées.

Cela aurait surtout représenté un boulet pour sa campagne catalane. Les humoristes locaux se moquent de lui, au mieux c’est un parachuté qui ne connaît pas son sujet – «Ah il y a la mer à Barcelone ?» dit un vrai-faux sosie dans un sketch télévisé à succès –, au pire un type qui a tout perdu en France et vient se refaire la cerise en Espagne. Difficile en cinq mois de rattraper cinquante ans de retard sur la ville. D’où l’idée d’une campagne transcendant les enjeux municipaux. Pour les médias catalans, Valls «veut raviver l’esprit de 92», l’année des Jeux olympiques, splendeur, lustre et ouverture sur le monde. «La ville est gérée n’importe comment, les investisseurs se barrent. Ada Colau [la maire de gauche de Barcelone soutenue par le mouvement Podemos, NDLR] c’est Hidalgo en pire», balance un de ses amis parisiens qui après avoir vendu de l’Essonne aux journalistes a potassé les enjeux barcelonais cet été.

Bricolage de luxe

Le credo anti-indépendantiste de Valls n’est plus aussi flamboyant que l’an dernier, au moment du référendum d’autodétermination. Sa candidature est «transversale», sans étiquette mais avec le soutien du parti de centre droit Ciudadanos, son projet sera le fruit d’une «construction commune» avec les citoyens. «J’étais socialiste, je suis républicain, je serai indépendant», insiste Valls. «Ce n’est pas Valls qui fait du Macron, c’est Macron qui a fait du Valls», plaisante un de ses proches. Du coup, le discours se veut rassembleur. «Barcelone ne doit pas être la petite capitale d’une république de Catalogne imaginaire,martèle le nouveau candidat. Barcelone ne doit pas être seulement catalane, c’est la capitale du sud de l’Europe.» Il y a un peu d’émotion – le discours est très écrit – et finalement peu de surprise : pas d’équipe de campagne, pas de personnalités connues à part un député de Ciudadanos au premier rang, pas de slogan ou de projet imprimé. Le tout fait bricolage, de luxe, mais bricolage. Ancien dircom de Jospin et de Hollande, le candidat n’a pas oublié ses gammes. Dans l’après-midi, il a twitté une photo de lui et sa sœur devant la maison familiale, dans le quartier d’Horta.

Certains invités sont des néophytes absolus : ils avaient juste laissé leur carte de visite il y a quinze jours lors de la signature de l’ouvrage collectif dont Manuel Valls signe le prologue, Anatomia del procès. Les attachés de presse paniquent devant l’affluence de journalistes, qui seront finalement nombreux à rester dehors. Le directeur de campagne, Guillermo Basso, venu d’un cabinet de conseil local, jongle entre espagnol et français mais ne lâche aucune information. Albert Montagut, ancien journaliste passé par la communication du Barça, s’occupe désormais de celle du nouveau candidat. Il ne veut pas répondre aux questions ni être cité, mais finit par lâcher, l’œil noir : «Vous arrivez ici et vous voulez que ce soit la fin de quelque chose. Mais c’est le début de quelque chose.»

Source :

liberation

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