« Clemenceau dans le jardin de Monet » : une amitié indéfectible

Photo : musee orangerie

 

L’année 2018, décrétée Année Clemenceau par le président de la République, aura été l’occasion de (re) découvrir l’épistolier hors pair que fut le « Tigre », ainsi que son amour pour les arts. « Le briseur de grèves », moins dur qu’il ne le laissait paraître, se plaisait à témoigner son affection et son admiration à ses amis journalistes, politiques ou artistes. Les lettres qu’il envoyait à son meilleur ami, Claude Monet, se terminaient par un tendre « Je vous embrasse de tout mon cœur ».

Sa correspondance avec le peintre est au cœur du film de François Prodromidès. Le réalisateur retrace l’histoire de leur amitié. Leur rencontre a lieu à Paris sous le Second Empire : né en 1841, Georges Clemenceau, étudiant en médecine se destinant à la politique, et Claude Monet, jeune artiste, d’un an son aîné, fraternisent dans un même combat contre les académismes et l’empire.

Les deux républicains se perdent de vue pendant vingt ans. Clemenceau voyage aux Etats-Unis où il rencontre sa future épouse Mary Plummer ; Claude Monet s’exile à Londres, puis en Hollande. Lorsqu’ils se retrouvent au mitan des années 1890, Clemenceau sort d’une traversée du désert : après avoir été mis en cause dans l’affaire de Panama et avoir perdu son siège de député en 1893, il se distingue par ses écrits incisifs publiés notamment dans La Justice et L’Aurore. Monet, chef de file des impressionnistes, s’est installé à Giverny, dans l’Eure.

Un écrin pour « Les Nymphéas »

Le réalisateur filme avec sensibilité le jardin du peintre. Accompagnés par une narration paisible, les plans tournés à travers les fenêtres entrouvertes des chambres de sa maison donnent à voir un jardin baigné de fleurs, dont les contours pas tout à fait nets rappellent les toiles de l’impressionniste. La caméra les met en miroir avec des toiles du peintre, mais aussi des croquis et des photos d’archives. La série des « Cathédrales de Rouen » est ainsi montrée sous différentes formes – cartes postales, tableaux au mur – et sous différents angles de vue, rapproché ou en plongée.

Les articles que Clemenceau écrit, en 1895, au sujet de la série sont plus qu’élogieux – il y voit une « révolution sans coup de fusil ». Ce qui ne l’empêche pas dans ses lettres de donnerdes conseils d’accrochage au peintre qui expose alors à la galerie Durand-Ruel à Paris. Pour le remercier, Monet lui offre une toile, Le Bloc, en référence à un des discours prononcés par le « Tigre » – « la Révolution est un bloc », avait-il affirmé devant la Chambre des députés en 1891.

Au fil des témoignages d’affection et des visites qu’ils se rendent – à Giverny, mais aussi chez Clemenceau en Vendée –, le film livre une subtile réflexion sur ce qui fit leur amitié. Entier, solide, exigeant, sourcilleux parfois, leur compagnonnage se renforce au gré des épreuves qui marquent l’histoire de la IIIe République : lors de l’affaire Dreyfus, Monet rejoint Clemenceau dans son combat pour la justice ; à l’issue de la Grande Guerre, le peintre s’engage à offrir une œuvre à la République victorieuse.

Il faudra toute la détermination du « Père la Victoire » pour convaincre le vieux peintre, souffrant de cataracte, d’achever Les Nymphéas. Le président du Conseil fera installer ces panneaux monumentaux dans un écrin conçu pour eux, le Musée de l’Orangerie. Les larmes aux yeux, c’est lui qui l’inaugurera en 1927, sans son ami, disparu quelques mois plus tôt. Au-delà de ce chef-d’œuvre de l’art moderne qu’ils ont légué ensemble au public, leurs quêtes respectives, artistique et politique, auront marqué le siècle précédent.

Source :

le monde

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