Aux Animaux la guerre : sur la ligne noire des Vosges

Alain Tasma adapte en mini-série le premier roman de Nicolas Mathieu, Goncourt 2018 pourLeurs enfants après eux. En syndicaliste mutique et digne, Roschdy Zem crève l’écran aux côtés de Rod Paradot.

Photo : lefigaro

 

«C’est une critique duCanard enchaîné qui m’a donné envie de lire Aux animaux la guerre. Le journaliste expliquait que son auteur, Nicolas Mathieu, faisait de la sociologie avec un flingue. Le livre et l’humanité de ses personnages ont refusé de me quitter», confie auFigaro Alain Tasma. Pour ceux qui voudraient se familiariser avec l’univers du nouveau Prix Goncourt récompensé pour Leurs enfants après eux , le réalisateur leur fait un beau cadeau en signant pour France 3 la rugueuse et poignante adaptation du premier roman de l’écrivain, paru en 2014 aux éditions Actes Sud. Un récit authentique et sans concession: Alain Tasma et Nicolas Mathieu ont tissé le scénario, quitte à prolonger l’intrigue de l’ouvrage qui ne couvre que les trois premiers des six épisodes du feuilleton. «Nous sommes partis du texte, nous avons beaucoup discuté, mais nous n’avons jamais rouvert le roman», se souvient Tasma.

Aux animaux la guerre permet au réalisateur de faire ce qui lui tient à cœur, porter un regard sur la société. Lui et Mathieu braquent les projecteurs sur la France périurbaine qui souffre. Dans une petite vallée des Vosges, seule l’usine Vélocia est encore en activité. Les carnets de commandes sont dégarnis et le chômage technique qui se profile n’augure rien de bon. Propulsé à la tête du comité d’entreprise, Martel (Roschdy Zem) se retrouve en première ligne. Comme si ses misères n’étaient pas assez grandes! Le syndicaliste cumule son travail à l’atelier avec un poste de videur de boîte de nuit et croule sous les dettes qui l’empêchent de payer la maison de retraite de sa mère. Acculé, Martel se laisse convaincre par son collègue Bruce (Florent Dorizon), qui s’est encanaillé avec les caïds de Strasbourg, d’enlever une prostituée. Le plan hâtif ne peut que partir en vrille.

Une distribution convaincante

Passionné par les fictions de la télévision publique anglaise et scandinave, Alain Tasma chronique la violence sociale qui se mue en violence tout court. Bruce, avec son pistolet, est un colosse accro à la musculation qui se prend pour le Tony Montana local, mais dont la force n’a d’égale que la naïveté. Pris dans un engrenage terrible, il entraîne avec lui beaucoup de monde. De Rita (Olivia Bonamy), l’inspectrice du travail aux prises avec sa hiérarchie, à Jordan (Rod Paradot, César du meilleur espoir pour La Tête haute), un lycéen transi d’amour pour la sœur de Bruce.

Outre son intrigue, ses dialogues justes, Aux animaux la guerre captive par sa distribution. Pour trouver l’interprète de Bruce, Tasma et son équipe ont mené des castings dans les salles de sport de l’Hexagone et sont tombés sur le culturiste Florent Dorizon, vice-champion de France. Ce cadre de la SNCF n’avait aucune expérience de jeu mais a relevé le défi et suivi un mois et demi de préparation. «Il est bienveillant et doux, à l’opposé de son personnage», souligne Alain Tasma. Le réalisateur a été bluffé par l’intensité fébrile de Rod Paradot, incontournable aprèsAd Vitam: «Il ne fait pas semblant, il est.»

Mais le fil rouge de la série est Roschdy Zem, lauréat à Séries Mania du prix du meilleur acteur dans une fiction française. «C’était mon premier choix. Peu d’acteurs savent jouer comme lui avec leurs corps. Il a la carrure baraquée, le mutisme de Martel. Roschdy a été touché par les failles de cet homme, son rapport à sa mère. Il est à l’opposé du stéréotype du type dur.» Un héros de la classe ouvrière comme le PAF en connaît trop peu.

Source :

lefigaro

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