À ONPC, Ségolène Royal revient sur la violences des attaques subies en 2007

Le fait qu'elle soit une femme d'ambition en politique a été le prétexte à des mots terriblement durs, de la part de ses opposants, mais plus encore de ses alliés.

Photo : flickr

 

“Une femme qui prétendait être présidente, qui avait quatre enfants et qui en plus avait des idées nouvelles, c’était trop.” Ce samedi 3 novembre, le numéro de “On n’est pas couché” qui était diffusé sur France 2 avait pour invitée principale Ségolène Royal. Tout au long de l’entretien, elle est revenue sur le fait d’être une femme dans la sphère publique, l’importance du combat écologiste ou encore la politique du gouvernement actuel.

Et alors que l’ancienne candidate à la présidentielle promeut un ouvrage dans lequel elle parle entre autre de la difficulté d’être une femme en politique et d’exister dans ce milieu sans avoir besoin d’être accolée à l’image d’un homme, Laurent Ruquier lui a posé sa première question… sur un homme.

D’emblée, et pendant que l’ambassadrice des pôles arctique et antarctique s’installait encore, l’animateur lui a ainsi demandé si son livre, “Ce que je peux enfin vous dire”, était titré ainsi en référence au célèbre “Un président ne devrait pas dire ça”, ouvrage écrit par les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme sur l’ancien compagnon de Ségolène Royal: François Hollande.

Une question qui a semblé dérouter celle qui était devenue la première femme à atteindre le second tour d’une élection présidentielle en France. “Non”, a-t-elle répondu à Laurent Ruquier. “J’existe juste sans mon ex, si vous voulez. Au bout de dix ans, j’ai peut-être un petit peu le droit de m’émanciper et d’exister un petit peu par moi-même.” Et de regretter: “On m’appelle encore comme ça, ‘l’ex compagne de…’ Ce qui n’arrive jamais aux hommes.”

Une bonne manière pour Ségolène Royal d’évoquer ensuite les difficultés rencontrées durant son parcours du fait d’être une femme, en particulier au moment de la présidentielle de 2007, à l’image du journaliste Alain Duhamel qui ne l’avait même pas citée avant l’élection comme une candidate potentielle et qui récidive encore en 2018, expliquant qu’il ne s’occupe pas “des histoires d’alcôve”.

Concours de beauté, ballon de baudruche et fusil de chasse

“Pour un certain nombre d’hommes, dont le cerveau n’a pas beaucoup évolué, les femmes sont encore des intruses en politique”, dénonce-t-elle. “Ce que je peux enfin vous dire, c’est que je peux enfin parler maintenant que les principaux acteurs des dix dernières années en politique ne sont plus en responsabilité et que la loi du silence que je m’étais imposée -comme beaucoup de femmes d’ailleurs lorsqu’elles reçoivent des coups, lorsqu’elles sont agressées-, je m’en suis libérée.”

Ségolène Royal poursuit en expliquant que tout ce processus a été “difficile”, “douloureux”, que le fait de relire les attaques qu’elle avait subi au moment du scrutin présidentiel a été extrêmement pénible et violent. “Je me demande comment j’ai pu accepter ça, pourquoi j’ai subi ça…”

“La présidentielle n’est pas un concours de beauté”, “Elle va se dégonfler comme un ballon de baudruche”, “Je vais mettre une balle dans mon fusil de chasse”… il faut dire qu’en 2007, l’ancienne ministre a été ciblée comme personne avant elle. Y compris et peut-être plus durement encore par les responsables de la même mouvance qu’elle. “Je pense que les hommes de mon camp ont compris que je pouvais gagner, que c’était possible. Alors leur ego et leur acharnement ont redoublé parce qu’ils ont ont préféré la victoire de mon adversaire en se disant qu’ils reprendraient la main dans cinq ans. Ils se sont dit qu’ainsi ils m’élimineraient, parce que je n’étais pas assez docile.”

“Pour eux, si on est différent, on est inférieur”

“Le fait d’être une femme qui avait l’outrecuidance de s’imaginer à la fonction suprême m’a valu une violence terrible de la part d’hommes qui considéraient que je leur prenais leur place, alors que j’avais été démocratiquement désignée par une majorité d’adhérents, de militants, par près de quatre millions de personnes. Mais cette légitimité-là m’était refusée parce que j’étais une femme”, ajoute Ségolène Royal.

Et de dresser un parallèle entre l’oppression sont sont victimes différentes minorités: “C’est le même ressort que le racisme: pour eux, on est différent, donc on est inférieur. Alors qu’en fait, je suis différente, mais je suis leur égale.” Elle évoque à ce sujet Lionel Jospin, qui la considérait avec un mépris rare. “Il attaque une femme qui a été au second tour de la présidentielle, ce qu’il n’avait pas réussi à faire. Il me traite de personnage secondaire de la vie politique alors que j’ai le même itinéraire que lui, j’ai les mêmes diplômes que lui, j’ai même plus d’expérience politique que lui. Et finalement il n’arrive pas à faire évoluer sa vision du monde pour réaliser que je suis égale.”

“Il y a une place en enfer pour les femmes qui ne soutiennent pas les autres femmes”, dit-elle également, citant Madeleine Albright et regrettant un manque de solidarité de la part de femmes d’État lorsqu’elle subissait les invectives et les injures. Elle conclut en traçant un lien entre deux des combats de sa vie: le féminisme et l’écologie. “L’Humanité, c’est le masculin et le féminin. Or si l’Humanité se prive de la moitié de ce qu’elle est, elle se prive de la moitié des solutions pour répondre aux problèmes qui se posent aujourd’hui et demain. Et voilà ma contribution à la libération de la parole des femmes.”

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